Une flotte sur le départ et un Flamand parmi les Hollandais…

Envie de bord de mer ? Nous fêtons aujourd’hui l’anniversaire d’un peintre qui lui consacré son œuvre : en effet, le 23 juillet 1614 naquit à Anvers Bonaventura Peeters, artiste baroque flamand qui est connu pour ses paysages maritimes.

Issu d’une famille d’artistes, il apprend auprès de son père, qui est maitre à Anvers et membre de la guilde de Saint-Luc, avec sa fratrie :  Jan Peeters I, Gillis Peeters, et Catharina Peeters qui furent également peintres. Il devient lui-même membre de la guilde de Saint-Luc en 1634 et peint avec son frère Gillis, une vue de la bataille de Calloo pour la municipalité d’Anvers qui veut célébrer la victoire de la couronne espagnole sur les Hollandais qui voulaient encercler la ville.

Ses premières œuvres illustrant des paysages sont influencées par l’école hollandaise qui détient alors un presque monopole de la peinture de marine. Il peint des naufrages sur des mers agitées et des vues plus calmes de l’Escaut et du littoral, d’une palette subtile et nuancée.

Un peu plus tard, ses œuvres sont marquées par les couleurs fortes et rappellent les tons propres au classicisme italien. Ce changement de style reflète la demande internationale croissante de paysages italianisants.

La peinture détenue par le musée Jeanne d’Aboville témoigne plutôt de cette deuxième période avec une impressionnante escadrille de bateaux qui séjourne à l’entrée d’un port. S’agit-il d’une flotte de guerre se préparant à l’assaut ou d’un plus lucratif départ en expédition commerciale ?  Les éléments présents n’ont pour le moment pas permis de le déterminer, car nous sommes dans le contexte de la Guerre de Quatre-vingt ans mais également dans un moment d’expansion commerciale important.

Bonaventure Peeters meurt le 25 juillet 1652 dans le village d’Hoboken (en Belgique) où il s’était retiré à cause de sa santé délicate, il n’avait que 38 ans. Son fils Bonaventura II devient également peintre de paysage, mais préfère les rivières et les canaux.

 

Envie d’en savoir plus sur la peinture de marine ? Retrouvez l’article de l’historienne de l’art Eléonore Dérisson consacré aux marines de la collection du musée en cliquant ici !

La vaisselle dans les natures mortes

Si les natures mortes font la part belle aux denrées alimentaires, celles-ci sont mise en valeur généralement dans des contenants : du rustique panier d’osier à la délicate porcelaine importée de Chine, les artistes ont puisé largement dans les celliers et vaisseliers pour agrémenter leurs compositions.

L’étain

Détail d’un gobelet en étain sur la nature morte de homard, Johannes Hannot

Métal domestique par excellence, l’étain est le roi des tables bourgeoises au XVIe siècle, imitation bon marché des plats d’argent de la noblesse. Différents types de vaisselle du XVIe au XIXe siècle illustrent la diversité et l’évolution des usages culinaires. La channe (broc à vin à couvercle) et le grellet (écuelle) sont les formes les plus caractéristiques de cette production présente sur toutes les tables au XVIIe siècle, période à laquelle cet art atteignit son apogée.

L’étain est un métal plutôt souple et se caractérise par une usure assez rapide, les pots et ustensiles sont alors refondus pour couler le métal de nouveau.

 

Le cuivre

Détail avec bassine en cuivre et pot de terre cuite, sur intérieur de célier hollandais du XVIIe siècle

Le cuivre est le tout premier métal utilisé par l’homme. Son utilisation date du néolithique et la production n’a cessé d’évoluer. Dès l’âge de Bronze, le cuivre est allié avec de l’étain ou du zinc pour faire des marmites. Il dispose de la meilleure conductivité thermique après l’argent, c’est à dire qu’il transmet bien la chaleur et la répartit de manière uniforme et rapide. Il possède des qualités antibactériennes naturelles qui aident à lutter contre toute contamination par des champignons et autres bactéries responsables du pourrissement des aliments. D’ailleurs dans les pays chauds, le lait est conservé dans des pots en cuivre.

Le cuivre a néanmoins un défaut : il s’oxyde et nécessite un entretien spécifique pour éviter que le vert-de-gris qui se développe n’empoisonne les aliments, c’est ce fastidieux travail qui est représenté sur le tableau de l’Ecureuse.

L’Ecureuse, anonyme hollandais du XVIIIe siècle

La faïence

Pichet en faïence de Delft et roemer sur le portrait de famille hollandais du milieu du XVIIe siècle

Les manufactures de faïences de Delft furent réputées à partir du début du XVIIe siècle. La faïence de Delft  la plus ancienne est une petite carafe à eau aromatique conservée au musée de Nienburg (Allemagne). Elle est datée de l’année 1609.

Appelée de façon erronée la Hollants Porcelyn, elle concurrence les importations de porcelaine de Chine avec des imitations à moindre coût. Très logiquement, les premières pièces produites furent décorées de bleu à décor de chinoiseries. On ne connaît généralement des faïences de Delft que les blanches à décor bleu, appelées « Bleu de Delft ». Il en existe cependant de nombreuses variétés à vive polychromie.

La manufacture De Koninklijke Porceleyne Fles ou « Royal Delft », fondée en 1653, est la plus ancienne encore en activité.

 

Le verre

Détail de nature morte de homard avec un roemer à pastillage

Le verre concurrence en partie l’étain et la production concerne surtout les contenants pour boire. On retrouve notamment les imposants roemers, fabriqués en Allemagne ou aux Pays-Bas, reconnaissables à leur partie centrale décorées de pastilles, parfois en verre coloré. On trouve également des hautes flûtes étroites réalisées en verre soufflé. La verrerie la plus recherchée est produite évidemment à Venise, même si le cristal de Bohème commence à s’imposer.

 

La terre cuite

Pot de terre cuite dans la nature morte de poisson de Pieter de Putter

Les pots de terre cuite évoquent des atmosphères rustiques ou paysannes, ou renvoient à la vie domestique car il s’agit d’objet utilitaires en cuisine, en opposition aux objets d’apparat placés sur la table.

Les tout premiers objets de terre cuite datent du Paléolithique supérieur : les hommes ont fabriqué des cruches, des plats, des urnes en argile cuite sous un feu de bois, en plein air. D’un faible coût mais relativement fragile, la terre cuite est un objet modeste qui avoisine souvent les travaux de vannerie.

 

Paniers et corbeilles

Détail de scène de cuisine par J. Nollens

Les tables rustiques mise en scène par les peintres présentent généralement au moins un travail de vannerie, réalisé en osier, saule ou châtaignier. Il témoigne de savoir-faire ruraux qui ont alors une importance économique cruciale, aujourd’hui disparu. On a peu de trace historique de ces objets purement utilitaires, à cause de la putrescibilité de leurs matériaux.

La simplicité de ces matériaux, n’empêche en rien la virtuosité des peintres, comme le montre le fameux panier de prunes de Pierre Dupuis.

L’exceptionnel panier de prunes de Pierre Dupuis

 

En espérant que cette brève évocation vous aura donné envie de découvrir l’exposition Instant suspendus !

Détail du mois de mai : 400e anniversaire, pyramide et bergère…

Le détail du mois est l’œuvre d’un artiste dont nous fêtons cette année le quadri-centenaire de la naissance : Jan Baptist Weenix (Amsterdam, 1621 – De Haar vers 1659/1661). Fils d’un architecte, Jan Baptist Weenix suit un apprentissage auprès du peintre Jan Christiaensz. Micker. Il se rend en Italie en 1643 où il travaille pour de grands commanditaires comme Giovani Battista Pamphili, le futur pape Innocent X. Après son retour aux Pays Bas vers 1647, il s’établit à Amsterdam puis Utrecht où il devient célèbre pour ses paysages fortement marqués par son voyage italien.

Le détail du mois s’inscrit dans cette veine italianisante et presque nostalgique avec une vue imaginaire mêlant divers monuments romains appréciés des peintres du XVIIe siècle. Le château Saint-Ange, dont la forme ronde est reconnaissable, et la pyramide de Cestius, un monument funéraire situé à Rome près de la porta San Paolo, un des édifices romains les mieux conservés à l’époque. Une bergère vient animer l’ensemble, surveillant des animaux, qui sont toujours présent dans les paysages de Weenix.

Ce détail vous a donné envie d’escapade italienne ? On vous donne rendez-vous, sous réserve de faisabilité bien sûr, le 29 mai 2021 à 17h pour On dirait le Sud, une conférence consacrée aux voyages italiens des peintres hollandais par l’historienne de l’art Eléonore Dérisson.

Et si on vous conviait à une promenade en Italie?

On dirait le Sud

L’Italie vue par les peintres hollandais dans les Collections du musée Jeanne d’Aboville

Conférence animée par Eléonore Dérisson

 

A l’occasion du 400e anniversaire de la naissance de Jan-Baptist Weenix, célèbre peintre hollandais de paysages italianisants dont le musée conserve un tableau, Eléonore Dérisson propose une conférence autour des œuvres néerlandaises de la collection inspirées par l’Italie. A partir de la Renaissance, ce pays apparait comme l’épicentre de la culture européenne et de nombreux artistes de l’école hollandaise s’y rendent pour s’inspirer des ruines antiques ou copier les grands maîtres, tandis que d’autres représentent dans leurs tableaux une Italie rêvée, sans jamais quitter les Pays-Bas. La conférence sera l’occasion de revenir sur les apports de ces voyages et leurs influences variées sur les thèmes et styles mis en œuvre par les artistes nordiques. Entre lumière méditerranéenne et évocations de la Rome antique, la peinture hollandaise a su réinventer l’art du paysage idyllique et pittoresque.

Eléonore Dérisson est historienne de l’art, chargée des collections à la Fondation des Artistes et spécialiste de la peinture hollandaise.

 

En bref :

La conférence se tiendra à l’espace Drouot, rue des Bigors à La Fère, le 29 mai 2021 à 17h.

Ouverture des portes à 16h30.

L’entrée est libre dans la limite des places disponibles et le port du masque est obligatoire durant toute la durée de la conférence.

Prenons le large !

L’année dernière, Éléonore Dérisson vous proposait une conférence consacrée à la peinture de marine et vous aviez été nombreux à venir l’écouter.

De cette conférence avait découlé un article réalisé pour les mémoires 2020 de la Fédération des Sociétés d’histoire et d’archéologie de l’Aisne.

Vous pouvez dès à présent retrouver cet article en le téléchargeant, pour cela il suffit de cliquer sur le tableau ci-dessous ! Bonne lecture !

Détail du mois d’avril : une armure et un mystérieux étendard flamand…

Le détail du mois d’avril provient d’un tableau intitulé Intérieur de corps de garde, signé François Duchâtel. Dit aussi François du Chastel (1616 / 1625-1679 / 1694), cet artiste flamand a travaillé à Bruxelles et peut-être aussi à Paris. Il est connu pour ses portraits et ses peintures de genre, avec une préférence pour les sujets paysans, les intérieurs de tavernes et les scènes de garde.
La scène du musée Jeanne d’Aboville dépeint une salle de garde, avec des soldats assis autour d’une table ronde jouant et fumant. Notre détail vous présente les pièces d’armure délaissées par les soldats trop occupés par le jeu. L’équipement représenté était déjà obsolète au moment où il est peint, car les armures métalliques de ce type, avec cuirasse et casque intégral ne sont plus utilisées à partir des années 1620. Il est possible que le peintre ait voulu insuffler une dimension moralisatrice à l’œuvre, l’armure faisant référence à la fugacité du pouvoir et de la renommée.
L’étendard de guerre, visible à l’arrière-plan, porte un motif proche de la croix de Bourgogne, qu’il faut rapprocher de certains pavillons marchands espagnols utilisés en Flandres.
Ce tableau est actuellement dans les réserves du musée et sera bientôt représenté quand celui-ci rouvrira ses portes !

L’école hollandaise du XVIIe siècle

Dans un intérieur rustique cinq élèves attendent la leçon de leur professeur assis à son pupitre. Alors qu’un enfant s’approche, le maître regarde par la fenêtre avec un air de lassitude, évoqué par sa position ramassée et sa tête posée négligemment sur sa main. Cette attitude s’oppose à la concentration du garçon blond à gauche de la composition, absorbé dans sa lecture. Une fillette portant un chien sur ses genoux se retourne et fixe l’observateur du tableau, prenant celui-ci à témoin du désintérêt de son professeur. Il s’agit d’une scène facétieuse destinée à distraire les spectateurs.

Ce tableau est l’œuvre de Harmen Hals (Haarlem, 1611 – Haarlem, 1669) l’aîné des fils de Frans Hals (Anvers, 1582/1583 – Haarlem, 1666) et de sa première épouse Anneke Harmensdr. Lui et quatre de ses demi-frères deviendront peintres après une formation dispensée par leur père. Le peintre a laissé une production majoritairement composée de tableaux représentant des scènes populaires.

Si quelques familles riches engagent des “pédagogues” pour diriger les études de leurs enfants, la plupart des bambins fréquentent les “petites écoles”. Les Pays-Bas ne possédaient aucun organisme central chargé d’administrer ou de contrôler l’enseignement, l’organisation des petites écoles, l’équivalent de nos écoles primaires et maternelles, était de l’initiative de particuliers ou d’associations privées qui agissaient avec l’approbation municipale. L’école à l’époque est souvent une annexe de l’église, et les écoles maternelles se trouve directement dans l’habitation de l’institutrice. Les écoles de village peuvent être installées dans des granges ou des étables, alors qu’en ville la population a accès à de véritables écoles avec des pupitres, des bancs, et du chauffage.

Dans les villes, des guildes de maîtres d’école se forment et exercent une surveillance sur le contenu des enseignements. Néanmoins beaucoup de parents se plaignent du faible niveau de ces maître d’école, un rapport de 1611 décrit des professeurs incapables de nommer correctement les lettres de l’alphabet ! Ce n’est qu’en 1665 qu’une ordonnance exigera des maîtres d’école une connaissance correcte de l’écriture et de la lecture. Malgré ses défauts, les petites écoles hollandaises vont permettre une large alphabétisation de la population, qui présente le meilleur taux d’Europe à cette époque.

Les écoles maternelles sont tenues par des femmes qui exerce d’autres profession en même temps telles que couturières ou dentellières. Cette école est fréquentée par des enfants de trois  à sept ans.   L’enseignement s’y limite généralement à l’apprentissage des prières et de l’alphabet.

Le programme de l’enseignement de l’école se réduit a l’histoire sainte, la lecture l’écriture et au calcul. L’arithmétique élémentaire à cause de son importance commerciale fait l’objet d’un soin particulier de la plupart des maîtres. L’écriture et en savoir prestigieux et la calligraphie un véritable art esthétique. La renommée des maîtres hollandais en la matière dépassera les frontières du pays.

 

Nous remercions Eléonore Dérisson pour sa contribution scientifique à cet article.

Les Hollandais au jardin

Le Printemps s’avance doucement et les jardins se réveillent ! Aujourd’hui on vous propose d’explorer le jardin des Hollandais du XVIIe siècle.

La Hollande est alors le pays le plus urbanisé d’Europe, les citadins gardent néanmoins l’habitude d’un petit carré de verdure situé à l’arrière de leur maison. Si certains artisans font de leur jardin une dépendance d’atelier ou un entrepôt, la plupart des bourgeois, même modestes, aménagent leur jardin, parfois en dépit de son exiguïté.
On y retrouve généralement une pelouse de gazon accompagnée de parterres fleuris. Quand les dimensions le permettent des arbres, comme le sureau ou le cytise, sont laissés à vocation ornementale. Des arbres fruitiers peuvent également être installés. Les grandes maisons ont à cœur d’avoir leur propre production de fruits on cultive surtout le pommier le poirier mais aussi le cerisier et le prunier.

Détail d’une nature morte de fruits, anonyme néerlandais, XVIIe siècle

On y ajoute des espèces rampantes comme les melons et les fraisiers. on installe également des palissades pour récolter les mûres et les framboises. Les plus riches vont avoir des serres de bois pour y faire croître des abricotiers, des pêchers et même de la vigne.
Si certains fruits n’arrive pas à maturité à cause du climat, on les garde à but d’observation scientifique : les amateurs ont accès à une vaste littérature de manuels botaniques comme l’Arboretum sacrum de Joan van der Meurs, paru en 3 volumes en 1643.
Les Néerlandais nourrissent une véritable passion pour les fleurs. On cultive notamment les roses, l’iris, les lys, la jacinthe et l’églantier. Les espèces sont présentées à la manière d’un panel scientifique, rigoureusement séparées dans des cases en planche de bois.
Jusque 1615, la reine des fleurs est la rose mais elle va voir le public se détourner d’elle pour lui préférer la tulipe. La tulipomanie atteint son paroxysme en 1636, avec une crise de spéculation sur les bulbes de cette fleur. Les plus recherchée est une variété appelée Semper augustus, visible au musée sur la vanité de Coenraet Roepel, dont le prix peut atteindre 5500 florin pièce ! L’effondrement du prix des bulbes par la suite causera de nombreuses ruines chez les spéculateurs : parmi ces victimes figurent le peintre Jan van Goyen.

Tulipe sur une vanité de Coenraet Roepel

Les jardins urbains, même dans les grandes maisons bourgeoises, restent relativement petits et les habitants sont dépendants des fleuristes et horticulteurs présents dans toutes les villes hollandaises pour se fournir en fleurs et plantes diverses. La bourgeoisie prend alors l’habitude dans la seconde moitié du siècle d’acheter un second jardin aux environs de la ville pour s’y rendre en famille sur les jours chômés de la belle saison.

Détail du mois de mars : vierges, lumière et maniérisme

Le détail du mois de mars provient d’un tableau flamand Les vierges sages et les vierges folles, œuvre de Martin de Vos. Né en 1532 à Anvers, où il meurt le 4 décembre 1603, Martin de Vos se spécialise dans les sujets religieux, allégoriques, historiques et de portraits, qu’il mêle fréquemment.
Comme nombre de peintres de son temps, il s’est rendu en Italie où il a résidé entre 1550 et 1558. Après ce voyage, Martin de Vos se définit comme un Romaniste, terme qui désigne les artistes étrangers, et plus particulièrement les artistes nordiques, ayant étudié et travaillé à Rome au XVIe siècle. L’œuvre de De Vos montre une forte influence des couleurs des Vénitiens : il aurait en particulier travaillé dans l’atelier du Tintoret à Venise qui l’initie à l’art maniériste. Le maniérisme se caractérise par des lignes sinueuses et un allongement totalement exagéré des corps, dont ce détail présente un bel exemple avec la silhouette portant une robe rose et bleue.
Ce tableau représente la parabole des dix vierges, que l’on trouve dans l’Evangile selon Mathieu : on y voit dix fiancées qui attendent leur époux, éclairées par des lampes : cinq vierges sages ont pris de l’huile pour alimenter leur lampe, symbolisant la Foi ou les Vertus en fonction des interprétations des exégètes, cinq autres vierges n’ont pas pris d’huile pour leur lampe et se retrouvent perdues dans l‘obscurité. On voit sur le détail les cinq vierges sages qui, éclairées par leur lampe, trouvent la porte du banquet de mariage, et sont accueillies par l’Epoux, symbolisant un mariage spirituel avec Dieu ou son Eglise.
Vous pourrez découvrir le reste du tableau à la réouverture du musée dans la salle consacrée aux peintres anversois !

Une tabagie

Ce tableau est décrit comme un Intérieur de taverne du XVIIe siècle, peint par un peintre flamand anonyme, qui gravitait sans doute autour de l’atelier bruxellois de David Teniers le Jeune (1610-1690). En effet, Tenier est le plus connu des peintres de genre de son époque, il a particulièrement développé le genre paysan, dont les scènes de taverne, créant de véritable recettes de composition que les autres peintres appliquaient.
Dans ces scènes de taverne on peut voir des hommes buvant, jouant et fumant, renvoyant au rôle éminemment social du tabac à cette époque : il est déjà source de polémique et soulève des problématiques qui nous sont totalement contemporaines.
L’herbe à Nicot, du nom de l’ambassadeur qui introduisit le tabac en Europe, était connue au Pays-Bas en qualité de plante médicinale dès la fin du XVIe siècle. On prit l’habitude dans priser et d’en fumer les feuilles assez rapidement et cette pratique avait gagné toutes les couches de la population des Pays-Bas avant 1625. Associés aux boissons dans les tavernes, les fumeurs sont assimilés au buveur d’alcool, on utilise alors l’expression boire une pipe de fumée.
Le tabac à priser devient très courant, accessible même aux couches les plus pauvres de la population. D’abord vendu par les apothicaires, il devient l’objet d’un commerce spécialisé. Les aubergistes en tenaient dépôt pour leurs clients.
On fume le tabac à l’aide de longues pipes de terre cuite au fourneau étroit. Plus rarement on utilise des pipes en argent, qui produisent une fumée âcre, comme sur notre tableau. Il existait dans les seuls Pays-Bas du Nord une dizaine de fabrique de pipes, les plus illustres était celles de Gouda.


Le tabac connait alors un tel succès qu’on cherche à limiter les endroits où fumer, car seules les églises y échappent. Les princes et les villes ont frappé de lourdes taxes le commerce du tabac et organisent des campagnes d’affichage pour mettre la population en garde. Seules les dames de la noblesse et de la grande bourgeoisie répugnent  à cette pratique, jugée malpropre. On a même trace de contrat de mariage entre deux nobles ou l’épousée introduit une clause interdisant à son mari de fumer dans la maison.
On commence alors à associer le tabac à la vie dissolue menée par les messieurs qui vont fumer dans des tavernes appeler tabagies, où l’on jouait et buvait. Le tabac devient alors un signe de rébellion et de débauche.

L’usage du tabac est encore largement répandu dans le monde,  aujourd’hui 13% des décès en France sont imputables au tabac.