Pour les Journées Européennes du Patrimoine, le musée a eu le plaisir d’accueillir les conservateurs-restaurateurs Angélique Bigolet et Tiago de Souza Martins, venus présenter les tableaux qu’ils avaient tout juste restauré.
D’abord une paire de tableaux produits par l’artiste français Jean-Baptiste Lallemand, un spécialiste du paysage et des scènes de genre du XVIIIe siècle. Ces deux œuvres ont été restaurées au niveau du support et de la couche picturale pour assurer à la fois leur conservation sur le long terme et permettre une meilleure lecture quand elles sont exposées.
Dans un second temps, les deux tondi (panneaux de forme ronde) de l’Annonciation produit en Italie au tout début du XVIe siècle par Gandolfino d’Asti ont fait l’objet d’une restauration sur place de leur couche picturale, qui a été nettoyée et purgée de certains repeints gênants.
Ce mardi 12 mai, une grande toile d’un mètre cinquante de haut a été sortie précautionneusement des réserves du musée Jeanne d’Aboville pour prendre la route de l’atelier de restauration. En effet, la Municipalité de La Fère, soucieuse de l’entretien des collections de son musée poursuit la politique de restauration qui est celle de l’établissement depuis treize ans avec des peintures inédites mises en valeur, comme celle-ci qui n’a pas été présentée au public depuis plusieurs dizaines d’années.
Un sujet énigmatique et une attribution compliquée
Autoportrait de Salvator Rosa, conservé à la National Gallery de Londres
Initialement attribuée à Salvator Rosa, artiste napolitain du XVIIe siècle, cette toile correspond par sa thématique aux motifs chers à Rosa, qui aime développer des paysages rocheux tourmentés et presque fantastiques. Néanmoins cette attribution a pu être remise en cause lors d’une étude plus poussée du sujet et il s’agirait plutôt d’une copie ancienne d’un original de Rosa dont on connait au moins une version conservée au Musée départemental d’art ancien et contemporain d’Epinal.
Le nettoyage et une meilleure lisibilité de la toile pourra peut-être permettre de mieux connaitre la main qui l’a produite.
Le sujet de la toile reste également sujet à débat : un ermite placé au centre du paysage rocheux lit calmement face à un monstre, proche d‘un dragon par l’apparence. Cette représentation peut faire allusion à la vie d’un saint sauroctone (qui dompte ou tue des monstres), dont l’identité n’a pour le moment pas été trouvée. L’œuvre peut également faire référence à un récit épique médiéval ou de la Renaissance.
Un état de conservation préoccupant
Entreposée dans les réserves, l’état de conservation de cette œuvre a été jugé mauvais lors du récolement décennal, l’inventaire des collections effectué tous les dix ans. Ne possédant pas de cadre et malmené durant les évacuations des collections lors des deux dernières Guerres mondiales, il présente des petits accidents et des usures importantes sur ses bords. Ces bords ont été repris par des repeints qui débordent sur la matière originale et qui ont considérablement noircis avec le temps : associé à un vernis très oxydé, ces interventions ultérieures rendent le tableau difficilement lisible aujourd’hui.
Deux restauratrices vont intervenir sur les prochains mois au chevet de cette œuvre, à la fois pour traiter son support, la toile, et également traiter la couche picturale. Le tableau fera également l’objet d’un nouvel encadrement à son retour de restauration.
Rendez-vous dans quelques mois pour découvrir la peinture métamorphosée !
Une œuvre représentant l’apôtre Pierre en repentance a quitté les réserves du musée pour être restauré au sein des ateliers des restaurateurs Juliette Mertens et Igor Kozak. Présentant plusieurs accident sur sa couche picturale et des faiblesses au niveau de son support, cette oeuvre sera visible au musée au deuxième semestre 2026.
PHOTO FRANCK BOUCOURT
Attribué d’abord à Ferdinand Bol sur la foi d’une fausse signature, l’œuvre est aujourd’hui anonyme, même si on la sait produite en Flandre ou en Hollande au XVIIe siècle. On reconnait facilement Saint Pierre aux clefs qui pendent à sa ceinture.
Deux œuvres signées Jean-Baptiste Lallemand (né à Dijon en 1716 et mort à Paris en, un peintre paysagiste français du XVIIIe siècle sont parties en restauration !
Présentant des soucis sur le support et leur couche picturale, ils vont faire l’objet de soins attentifs de deux restaurateurs.
Le Gué et la Halte de Chasse sont partis pour plusieurs mois, ils seront à redécouvrir en 2026. En attendant, retrouvez deux tableaux inédits des réserves en salle française !
Ce portrait montre l’influence des gravures de Jacques Callot, rendu célèbre notamment par les Malheurs de la Guerre, une série de gravures montrant des exactions de soldats. Il est ici copié par un peintre anonyme français. Seul portrait en pied de la Collection, sa restauration va permettre d’intégrer cette œuvre conservée dans les réserves à la présentation de la peinture Grand Siècle.
PHOTO FRANCK BOUCOURT
MJA 66 COPIE D’UN PORTRAIT DE LA NOBLESSE DE LORRAINE D’APRÈS GRAVURE DE JACQUES CALLOT, BOIS, 39 X 28cm
Le tableau Portrait d’après Jacques Collot observé par la restauratrice Juliette Mertens lors du bilan sanitaire des collections 2024
Jugé en péril lors du bilan sanitaire d’octobre 2024, son mauvais état est lié à un support malmené : la planche de bois originale sur laquelle est peint l’œuvre est doublée par une autre planche, collée à contrefil qui contraint la première, provoquant plusieurs fissures. La couche picturale est également en état très moyen, comportant des repeints et un vernis oxydé.
La gravure de Jacques Collot qui a inspiré l’œuvre de La Fère
Une peinture à redécouvrir courant 2026 au musée !
Départ en restauration pour ce tableau présentant une bergère et son troupeau du peintre Johannes van der Bent (Amsterdam, 1649/1651 – 1690). Reconnaissable par l’allure italianisante du paysage, cette œuvre se caractérise par ses couleurs chaudes.
« La Vierge, Jésus et saint Jean » du peintre Giacomo Francia a fait son retour au musée après plus d’un an d’absence pour restauration ! Merci aux restauratrices Florence Adam et Juliette Mertens pour leur travail, qui permet à la fois de redécouvrir les couleurs du tableau et d’assurer sa conservation !
A redécouvrir dès demain en salle de peinture italienne !
Le 15 février sera le dernier jour pour l’exposition “Des Collections révélées” dédiée aux restaurations menées sur les œuvres du musée depuis dix ans : à cette occasion le directeur du musée vous propose une ultime visite guidée consacrée à l’exposition, où seront évoquées les problématiques liées aux restaurations et les cas les plus spectaculaires de cette décennie.
Infos pratiques :
Visite Histoire(s) de restauration, l’ultime visite
15 février 2025 à 14h30, durée environ 45 mn
Entrée : 4€
Réservation possible auprès du musée au 03 23 56 71 91
A l’occasion d’une restauration effectuée sur place sur une copie ancienne de Léonard de Vinci représentant une Vierge à l’Enfant appelée la Madone Benois, le restaurateur Igor Kozak propose un temps d’échange et de démonstration sur les techniques de restauration employées pour permettre à un peinture ancienne de pouvoir être déplacée en vue d’une future exposition.
Igor Kozak au travail au musée
Info pratiques:
Rencontre avec un restaurateur au musée Jeanne d’Aboville
Le 11 janvier 2025 à 14h30, durée : environ une heure
Tarif : entrée du musée 4€, dans la limite des places disponibles.
Renseignements au 03 23 56 71 91
La tenue de cet événement est lié aux conditions météorologiques du moment, n’hésitez pas à vous renseigner auprès du musée.