Détail du mois de janvier : peintre-décorateur, âne déguisé et paganisme…

Le détail du mois de janvier provient d’une toile récemment restaurée et intitulée la Marche des animaux et peinte par Michiel Carrée (1657 – 1727), peintre hollandais, élève de Nicolas Berchem. Il réalise sa carrière principalement comme décorateur en réalisant des fresques et des plafonds, mais il était également connu pour sa peinture de chevalet et excellait dans les représentations d’animaux.

Typique de son style, mêlant différentes espèces au sein du même cortège, on peut voir sur notre détail un âne monté par une jeune femme, et bizarrement harnaché de tissus colorés. Le peintre fait sans doute ici référence à la Fête de l’Âne, invention paraliturgique qui visait à célébrer l’âne qui a porté Marie durant la fuite en Egypte et qui fut très populaire durant le Moyen-Age. Elle était fêtée le 15 janvier à la cathédrale de Beauvais par exemple. On introduisait l’animal magnifiquement caparaçonné dans l’église pour le bénir. Renvoyant aux cultes profanes adorant des animaux, cette fête plus folklorique que canonial est bannie progressivement de la liturgie mais perdure jusqu’au XVIIe siècle.

Vous pouvez découvrir le tableau complet au musée au sein du nouvel accrochage mis en place ce mois-ci !

Détail du mois de décembre : cuivre, nimbe et évasion de prison…

Le détail du mois de décembre provient d’une curieuse petite huile sur cuivre qui a la particularité d’être peinte sur les deux faces ! Le détail choisi vient de la face représentant la délivrance de saint Pierre, copiée d’après la gravure de Michel Dorigny en 1638 qui s’inspire lui-même d’un tableau de Simon Vouet, aujourd’hui disparu mais que nous connaissons par un dessin préparatoire.

Ce tableau représente l’épisode décrit dans les actes des Apôtres où Pierre, arrêté par le roi Hérode, réussit à s’enfuir de sa prison guidée par un ange qui fait tomber ses chaines et ouvre les portes devant lui alors que tous les gardes sont miraculeusement endormis.

L’ange n’est pas sans rappeler les représentations nombreuses que l’on trouve au moment des fêtes de Noël. Personnage positif, il est à la fois le symbole de l’intervention divine et du dénouement d’une situation compliquée. Sa représentation ici est relativement archétypale : muni d’un visage aux traits doux, il est blond, androgyne et ailé. Il est également entouré d’un nimbe flamboyant, qui se diffuse en rayons autour de lui : le nimbe est une représentation artistique visant à matérialiser la lumière de nature spirituelle qui émane des êtres liés au divin. De sa représentation découle l’auréole que l’on retrouve au-dessus de la tête des saints.

Ce tableau est inédit dans nos réserves mais son état de conversation ne permet pas de le présenter pour le moment. D’autres tableaux vous attendent au musée, en particulier ceux d’Instants suspendus, visibles jusqu’au 15 décembre 2021 ! Dépêchez-vous !

Départ en exposition pour Mors Omnia Vincit

C’était annoncé et le voilà parti, le chef-d’oeuvre de Mathias Withoos a quitté le musée  pour un périple le conduisant à Amersfoort, ville natale du peintre aux Pays-Bas.

Mors omnia vincit de Mathias Withoos

Il rejoint l’exposition Ander Licht Op Withoos, organisée par le musée Flehite d’Amersfoort.  Le musée Flehite présente la première grande rétrospective du maître néerlandais Mathias Withoos du 12 décembre 2021 au 8 mai 2022.  Il y figurera en bonne place, comme l’une des vanités les plus réussies de l’artiste, offrant un éventail représentatifs des motifs graphiques appréciés par le peintre allié à une composition très équilibrée.

Une des particularités de  l’exposition est de proposer le travail de trois générations de Withoos : du père Mathias, de ses enfants et du photographe contemporain et descendant Hans Withoos. L’exposition donne un aperçu représentatif de l’œuvre de Mathias Withoos et de ses enfants.

L’exposition est accompagnée d’une vaste monographie et d’un catalogue raisonné . Le travail a été compilé par le commissaire de l’exposition et expert de Mathias Withoos, Albert Boersma, et est publié par Boiten Boek Projecten.

 

Instants Suspendus : la visite de la dernière chance

Si le calendrier culturel de l’exposition Instants suspendus : regards sur la nature morte s’est terminé le week-end du 13 novembre, l’exposition est encore visible jusqu’au 15 décembre 2021 !
C’est l’occasion de voir plusieurs tableaux inédits des réserves, en particuliers deux rares peintures espagnoles du XVIIe siècle ou des peintures restaurées pour l’occasion. Pour les visiteurs qui seraient intimidés de découvrir cette exposition seuls, les guides du musée proposent deux visites « de la dernière chance » les deux derniers samedis avant la fermeture de l’exposition. Ils reviendront sur le concept de nature morte, de l’importance de la notion d’hospitalité dans la peinture nordique et sur l’histoire et les symboliques des différents éléments représentés.
Pour participer, il faut réserver auprès du musée car le nombre de place est limité.

En bref :
La Visite de la dernière chance
Les samedis 4 et 11 décembre à 14h30, durée : 30-40 mn
Visite de l’exposition Instants suspendus avant sa fermeture le 15 décembre 2021.
4€, sur réservation uniquement

CONFERENCE Sénèque, sous-bois et crâne de singe

CONFERENCE
Sénèque, sous-bois et crâne de singe
Une vanité de Mathias Withoos décryptée

par Mariel Hennequin, médiateur du musée

A l’occasion du départ en exposition du chef d’œuvre de Mathias Withoos Mors Omnia Vincit en exposition aux Pays-Bas, le musée Jeanne d’Aboville vous propose d’aller à la découverte des symboliques complexes de ce tableau au prisme d’éléments nouveaux découverts via une campagne de photographie infrarouge.
Ce tableau, œuvre-jalon dans la production du peintre, sera une pièce maîtresse de l’exposition Anderlicht op Withoos (Nouvelle lumière sur Withoos), au museum Flehite d’Amersfoort, ville de naissance de Mathias Withoos, qui va retracer la vie et l’œuvre de l’artiste du 12 décembre 2021 au 8 mai 2022.

Mors omnia vincit de Mathias Withoos

A cette occasion, Albert Boersma, historien de l’art spécialiste des peintres néerlandais et régisseur de l’exposition d’Amersfoort, et Mariel Hennequin, médiateur du musée ont réalisé un travail de recherche autour de ce tableau, s’appuyant notamment sur les images réalisées par la société Artéka. L’imagerie multispectrale a révélé des informations invisibles à l’œil nu sur la composition de l’œuvre, permettant de la découvrir sous un nouveau jour. Ces informations sont venues compléter les connaissances actuelles et la recontextualisation de ces symboliques complexes permettent de mieux comprendre le propos de son auteur.

En bref :
Conférence Sénèque, sous-bois et crâne de singe 
6 novembre 2021 à 17h, espace Drouot, rue des Bigors, à La Fère. Ouverture des portes à 16h30.
Gratuit dans la limite des places disponibles, présentation du pass sanitaire obligatoire

Une restauration en vue…

Les restauratrices de tableaux Angélique Bigolet et Juliette Mertens sont passées au musée pour examiner un de nos triptyques, intitulé l’Adoration des mages de l’atelier de Pieter Cocke van Aelst (1502 à Alost – 1550 à Bruxelles).

Ce tableau présente des désordres et des fissures qui ont besoin  d’être traités et les deux restauratrices sont venues l’observer pour proposer des solutions en vue d’une restauration l’année prochaine.

Angélique Bigolet a procédé à des essais sur le tableau pour connaitre la nature des vernis et des repeints.

Une fissure évolutive dans le panneau droit va nécessiter un traitement du support, préconisé par Juliette Mertens, spécialiste des tableaux sur bois.

Affaire à suivre pour ce primitif flamand…

 

Découverte, couleurs et signature cachée….

Le restaurateur de peintures anciennes Igor Kozak, déjà intervenu cette année au musée Jeanne d’Aboville pour la restauration de deux œuvres présentes dans l’exposition Instants Suspendus était de retour aujourd’hui pour ramener deux autres toiles du musée, pour le moment inédites car conservées dans les réserves.

Igor Kozak durant le déballage des toiles.

La première œuvre intitulée La Marche des animaux du peintre Michiel Carrée (1657-1727), peintre hollandais qui devint peintre du Roi de Prusse, a réservé une très bonne surprise car lors du nettoyage, Igor Kozak a retrouvé la signature de l’artiste, sur un rocher au premier plan de la toile. Le nettoyage a également permis de redécouvrir les couleurs intenses de ce peintre de paysages italianisants, baignant le décor fantaisiste de son paysage d’une lumière dorée.

Marche des animaux, huile sur toile, 70 x 85cm, Michiel Carrée,
avant et après restauration

Le second est une scène très dynamique, un combat de cavalerie, œuvre de Jan Jabosz van der Stoffe (1611-1682), un des principaux peintres hollandais de bataille du milieu du XVIIe siècle. Présentant des manques et des enfoncements, le tableau a subi une grosse restauration pour rendre une certaine planéité à sa toile. Il revient également métamorphosé, débarrassé des vernis jaunis qui le recouvraient.

Combat de cavalerie, huile sur toile, 75 x 106cm, Jan Jabosz van der Stoffe
Avant et après restauration

Si la Marche des animaux sera présentée ce samedi en prélude de la conférence d’Alain Tapié à 17h à l’Espace Drouot de La Fère, il faudra patienter un peu pour le combat de cavalerie qui va devoir bénéficier des soins de l’encadreur avant d’être présenté…

Résultats du concours photo Instants Suspendus

Durant tout l’été était ouvert un concours de nature morte photographique et une quarantaine de participants ont proposé leur vision de la nature morte en respectant la contrainte d’y faire apparaître une fleur et un aliment. Le sujet a été abordé avec beaucoup de diversité et nous a permis de découvrir différents univers.

Voici les résultats des trois meilleures propositions établie par notre jury, que nous remercions également.
A la première place :
Clémence Rolland et Armâne Magnier, pour la photo “Vanité au crâne et grenade”
A la deuxième place :
Nina Cléton, pour la photo “Fruits et fleurs d’été”
A la troisième place :
Lyla Marécat et Léa Mouton, pour la photo “Paradis dansant”
Le choix du public a doublement récompensé la photo “Fruits et fleurs d’été” de Nina Cléton, avec 194 “j’aime” reçus le 13 septembre à 15h !
Félicitations aux gagnants ! Les photos des douze finalistes désignés par le jury seront visibles au musée Jeanne d’Aboville à partir du 18 septembre et jusqu’à la fin du mois. Profitez des Journées Européennes du Patrimoine les 18 et  19 septembre pour les découvrir gratuitement.
Les gagnants et finalistes vont être contactés par email par les organisateurs.

Il y a 316 ans, la mort d’un Maître du Baroque

Il y a 316 ans jour pour jour nous quittait Cosimo Ulivelli (1625-1705), à Santa Maria a Monte, un petit village à côté de Pise.

Cosimo Ulivelli, élève du pisan Volterrano, réalise une grande partie de sa carrière à Florence. Peintre très actif en son temps et spécialiste du Baroque, on lui doit des décors de fresques d’églises florentines, comme le cycle des Sept Œuvres de miséricorde à l’Oratorio dei Santi Jacopo e Filippo. Il avait également participé à la décoration du plafond de la troisième galerie des Offices.

ACMHDF/FRANCK BOUCOURT

Le musée Jeanne d’Aboville possède de sa main un intéressant Enlèvement de Chloris. Les compositions mythologiques d’Ulivelli sont aujourd’hui plutôt rares, mais présentent, à l’image de cet enlèvement, un dynamisme renforcé par les lignes serpentines et les torsions montrant l’héritage de l’élégant maniérisme florentin du siècle précédent. Chloris, nymphe d’une grande beauté est emportée sur l’Olympe par le dieu Zéphyr, personnification du Vent d’Ouest. Elle devient son épouse et reçoit en cadeau de mariage le pouvoir de contrôler la floraison des fleurs du printemps. C’est alors que, devenue déesse, elle aurait pris le nom de Flore.

Ce tableau possède un exemplaire jumeau également de la main d’Ulivelli que vous pouvez retrouver au musée des Beaux-Arts de Dole. Les pigments mieux conservés de cette version montre que la robe de Chloris était rose…

Détail du mois de septembre : fruits, insectes et ex-taulard…

Le détail du mois de septembre vous invite à vous arrêter sur de petites choses pas forcément perceptibles au premier coup d’œil avec une nature morte de fruits, œuvre d’Ernst Stuven (vers 1657–1712). Né à Hambourg, Stuven s’installe à Amsterdam à dix-huit ans, où il fréquente plusieurs ateliers. Se dirigeant vers la peinture de fleurs, il rejoint l’atelier d’Abraham Mignon (1640-1679), grand spécialiste des natures mortes. Il est surtout célèbre pour avoir été emprisonné dans une maison de correction d’Amsterdam à cause de relations abusives avec un de ses apprentis, Willem Grasdorp. Après avoir déménagé à Rotterdam, il a trouvé un mécène qui le finança jusqu’à sa mort en 1712.

Notre détail représente des insectes attirés par de succulents fruits, ici une grappe de raisin noir et des pêches. Au XVIIe siècle, les raisins noirs étaient principalement importés depuis l’Espagne et le climat imposait de cultiver les pêches sous serres, ces deux fruits étaient donc luxueux, sinon rares. Les raisins montrent les premiers signes de décomposition et sont déjà la cible des insectes, évoquant le concept de la fugacité de la vie, au centre de la vanité.

Le carabe des bois et les fourmis qui courent sur les pêches sont représentés avec une grande minutie et témoigne du souci de naturalisme du peintre. Le plus souvent liés à l’idée de souillure les insectes ont une charge symbolique plutôt négative, ils symbolisent le mal qui peut s’immiscer partout.

Vous pouvez découvrir ce tableau et plusieurs autres dans l’exposition Instants Suspendus, regards sur la nature morte, et aller à la rencontre des insectes présents sur les toiles au Musée des papillons de Saint-Quentin. N’oubliez pas non plus la conférence sur la notion d’hospitalité qui sera présentée à la fin du mois par Alain Tapié à l’Espace Drouot de La Fère !